Le jeudi 23 juin 2005, le cours du baril de pétrole a dépassé le seuil symbolique des soixante dollars à New York. L'offre, en effet, peine à satisfaire la demande en forte hausse. Pourtant, l'Opep produit déjà à plein régime et l'Arabie Saoudite a augmenté sa production. Il n'empêche : la montée en puissance de la Chine et la bonne santé économique des États-Unis ne cessent de doper la demande. Plusieurs facteurs conjoncturels contribuent à aggraver la situation : le conflit en Irak, les risques terroristes en Arabie Saoudite, les déboires du pétrolier Loukos en Russie, la situation politique tendue au Venezuela et au Nigeria. À quoi s'ajoute l'insuffisance des capacités de raffinage dans les pays industrialisés (au total : sept cents usines dans le monde).
Mais à l'arrière-plan, se dessine une crise autrement plus grave : l'épuisement annoncé des réserves pétrolières mondiales
Dans un rapport récent (mars 2005), l'Agence internationale de l'énergie (AIE) préconise toute une série d'économies
Ces mises en garde attirent l'attention sur les réserves actuellement connues dont le volume global n'augmente plus que lentement comparativement aux découvertes de nouveaux gisements, très importants entre les années cinquante et quatre-vingt-dix.
Selon British Petroleum, 2040 serait l'année du seuil de pénurie de pétrole avec une production mondiale stable ("Le pic de production") ou en léger déclin et une demande en forte augmentation notamment pour les transports. Chez Total, on estime que ce pic de production interviendrait en 2025. Le pétrolier Shell est moins optimiste, révisant en baisse de 20 % l'évaluation de ses propres réserves. Plus pessimistes encore les experts du groupe Aspo qui fixent le pic de production en 2015, voire même... en 2006 ! À ces préoccupations, qui commencent à occuper le devant de la scène, s'ajoute le fait que l'essentiel des réserves est localisé au Moyen-Orient, une région où l'instabilité politique est chronique. Les prévisions concernant le gaz naturel, moins polluant, sont un peu plus optimistes. Le pic de production devrait intervenir une quinzaine d'années après celui du pétrole et les réserves sont plus équitablement réparties sur la planète. Mais une chose est certaine : les enfants d'aujourd'hui connaîtront un monde sans pétrole et peut-être sans gaz. Il restera toujours du charbon dont les réserves sont évaluées à un peu plus de deux cents ans. Mais ce combustible est très polluant et pèse très lourd sur l'aggravation de l'effet de serre.
Il est donc urgent de prévoir dès à présent l'après-pétrole.
Un recours massif au nucléaire ne résoudrait pas le problème, cette technologie lourde et sophistiquée ne pouvant être mise en place que dans des pays économiquement et scientifiquement très avancés. Dans une hypothèse haute, le nucléaire ne devrait pas produire plus de 10 % des besoins énergétiques mondiaux en 2050. Quant à la fusion nucléaire, si le projet Iter réussit, elle ne serait disponible qu'en fin de siècle. C'est donc aux énergies renouvelables qu'il faudra avoir recours sachant que, si l'on mise sur des politiques volontaristes, celles-ci devraient fournir environ 50 % des demandes globales d'énergies à l'horizon 2050. Dès à présent une directive de l'Union européenne prévoit qu'en 2010, 21 % de l'électricité devra être produite au sein de l'Union par des énergies renouvelables. Un chiffre que la France atteindra difficilement malgré ses équipements hydrauliques importants.
Nous sommes donc, comme l'indique pertinemment l'AIE, en situation d'urgence. Il n'est plus possible de considérer les énergies renouvelables comme une question marginale. Ou une voiture propre et à basse consommation comme une solution envisageable seulement dans un lointain futur. L'épuisement des ressources en hydrocarbures et le spectre du réchauffement climatique, au sujet duquel les prévisions se font de plus en plus pessimistes (+ 4 à 6° en France en été, en fin de siècle), imposent des mesures courageuses que la France jusqu'ici s'est refusée de prendre. La modestie des ambitions nationales exprimées par le projet de loi d'orientation sur l'énergie votée le 30 mars dernier est particulièrement regrettable. Il est impératif, comme le demande un rapport de l'association Négawatt, "que nous soyons plus sobres dans nos comportements, plus efficaces dans nos usages, plus renouvelables dans notre production".
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